Le gouvernement de l’insécurité

Entretien avec Andrea Cortellessa,

Par Giorgio Agamben:

Dans une interview accordée à La Repubblica , Giuliano Amato, le ministre de l’intérieur italien et promoteur d’une « initiative pour la sécurité », a déclaré que, sur le thème de la sécurité, il n’est pas besoin de faire intervenir la « philosophie » parce que « tout ce que demandent les gens, c’est que le gouvernement soit efficace ». Une telle déclaration ne pouvait que résonner comme une invitation à interroger sur ces questions Giorgio Agamben, un des philosophes qui, ces dernières années, en Italie et ailleurs, ont le plus travaillé sur les dispositifs politiques et leurs généalogies. Cet entretien a été réalisé à Venise, en novembre 2007, au moment précis où l’Italie, après la mort d’un supporter de la Lazzio Rome, se préparait à des émeutes urbaines – qui éclatèrent, avec ponctualité, à l’heure où s’ouvraient les journaux télévisés.

ANDREA CORTELLESSA : Le thème de la sécurité est depuis longtemps maintenant une priorité de notre agenda politique. Les sondages suggèrent qu’il est au premier rang des préoccupations de électeurs : c’est autour de cette question que se détermineraient les intentions de vote. Ce phénomène n’est évidemment pas propre à l’Italie. L’intérêt des médias pour la question sécuritaire est allé croissant tout au long des années 1990, pour atteindre un sommet après le 11 septembre 2001. Il est assez remarquable, par ailleurs, que ce qui en Occident est défini, selon une expression remarquable, commesentiment d’insécurité[percezione di insicurezza] est en augmentation constante, alors même que les statistiques indiquent une baisse proportionnelle, durant la même période, du nombre des délits.

GIORGIO AGAMBEN : Comme c’était déjà le cas pour l’état d’exception, la sécurité est aujourd’hui devenue un véritable paradigme de gouvernement. C’est pourquoi il importe d’interroger les fondements du concept même de sécurité, de se demander d’où il vient, quelle est aujourd’hui sa fonction, dans quelle stratégie il s’inscrit. Michel Foucault a été le premier, dans son cours au Collège de France de 1977-1978, à indiquer les origines de ce concept . Il a montré comment ce dernier naît des méthodes de gouvernement prônées par Quesnay et les physiocrates à la veille de la Révolution française. Le principal problème de la société de cette époque était la famine. Jusqu’alors, les gouvernements avaient essayé d’y parer en emmagasinant les céréales, en limitant les exportations, etc. Les résultats étaient souventdésastreux. L’idée de Quesnay était qu’il n’était pas possible de prévenir les famines et que, dans tous les cas, ce type de réponses était encore plus dommageable que ce qu’elles prétendaient empêcher. C’est ici qu’intervient le modèle que Quesnay définit comme la « sécurité » : il s’agit de laisser advenir les famines, puis, une fois qu’elles se sont produites, d’être en mesure d’intervenir et de gouverner dans la direction la plus opportune.
Le discours actuel sur la sécurité, contrairement à ce qu’affirme la propagande des gouvernements, n’a pas non plus pour finalité de prévenir les attentats terroristes ou d’autres formes de désordre public ; sa fonction est en réalité de contrôler et d’intervenir a posteriori. Après les troubles qui se sont produits lors du sommet du G8 à Gênes, en juillet 2001, un haut fonctionnaire de la police a déclaré aux magistrats qui enquêtaient sur le comportement des forces de l’ordre que le gouvernement ne voulait pas maintenir l’ordre, mais plutôt gérer le désordre. On n’avait jamais auparavant dit de manière aussi franche et juste ce qu’est aujourd’hui la pratique des gouvernements, tant en politique extérieure (voyez la politique des États-Unis, dont la visée semble être de créer une situation de désordre permanent) qu’en politique intérieure. Aujourd’hui, l’objectif n’est pas l’ordre, mais plutôt la gestion du désordre. Les mesures biométriques – comme le contrôle rétinien à la frontière des États-Unis, que d’autres gouvernements souhaiteraient mettre en oeuvre – sont les héritières directes de la fonction et du type des pratiques destinées au XIXe siècle à empêcher les criminels de récidiver – et non pas à prévenir leurs agissements – comme la photographie d’identité judiciaire de Bertillon ou les empreintes digitales de Galton. Il est évident que de tels contrôles ne peuvent en aucune façon empêcher les délits : s’ils peuvent empêcher quelque chose, c’est tout au plus que l’individu qui a déjà commis tel type de délit ne le commette de nouveau.

AC : Ces pratiques sont donca fortioriinefficaces s’agissant d’un kamikaze, qui, par définition, n’agit qu’une seule fois !

GA : Les mesures de ce genre n’ont pas été conçues pour remplir une fonction de prévention, et elles ne conviennent toujours pas à l’exercice d’une telle fonction. Mais s’il est clair que la sécurité est un paradigme de gouvernement, dont le sens est très différent de ce qu’on voudrait faire croire au public, il est nécessaire de s’interroger sur la nature véritable de la démocratie aujourd’hui. Une démocratie réduite à n’avoir pour seul paradigme de gouvernement et pour seul objectif que l’état d’exception et la sécurité – la sécurité faisant du reste organiquement partie de l’état d’exception – n’est plus une démocratie. Je me souviens qu’après la seconde guerre mondiale, certains chercheurs en sciences politiques sans scrupules, par exemple Rossiter Clinton, ont déclaré sans ambages que pour défendre la démocratie aucun sacrifice n’était trop cher payé, y compris la suspension de la démocratie. Nous vivons aujourd’hui un scénario similaire. L’idéologie de la sécurité intérieure vise à justifier des mesures qui minent l’essence même de la démocratie, et qui, d’un point de vue juridique, ne peuvent être qualifiées que de barbares.

AC : Que pensez-vous de l’initiative de Walter Veltroni d’envoyer des bulldozers sur un terrain occupé par des gens du voyage le lendemain du meurtre de Giovanna Reggiani à Tor di Quinto , ou de celle du gouvernement Prodi de promulguer en un temps record un décret-loi qui, de fait, suspend unilatéralement le traité de Schengen et rend possible l’expulsion immédiate de citoyens de l’Union européenne accusés de certains crimes ? On a profité de la vague d’émotion suscité par ce crime, qui n’a laissé qu’un jour de réflexion au public, pour franchir une nouvelle étape dans la logique sécuritaire. Cela n’aurait certainement pas été le cas si cette décision avait été soumise à un débat parlementaire qui aurait sans aucun doute été houleux. Cette capacité à évoluer dans un perpétuel état d’urgence me paraît représenter un saut qualitatif inquiétant pour les politiques gouvernementales dont nous parlons.

GA : Le plus inquiétant, dans cette situation, c’est le silence des juristes. La culture juridique qui permettrait de protester contre des mesures législatives qui violent les principes les plus élémentaires du droit fait défaut. Par exemple, dans « l’initiative pour la sécurité » annoncé à plusieurs reprises par Giuliano Amato (et qu’il sera évidemment plus facile d’évaluer dans sa version définitive), il y a certaines dispositions – comme celles contre la pédophilie sur l’Internet – qui, en réalité, reviennent à criminaliser l’intention. Dans l’histoire du droit, l’intention peut constituer un facteur aggravant du crime, mais elle ne peut en aucun cas être considérée comme un crime en soi. Sur cette base, n’importe qui peut être mis en prison.

AC : La chose est plus claire encore dans ce cas que dans celui du délit d’opinion, où les poursuites sont du moins engagées sur la base de l’expression effective d’une opinion, tandis qu’avec le « délit d’intention » on rend passible de poursuites judiciaires quelque chose qui demeure purement intérieur.

GA : Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. D’un point de vue juridique, nous sommes confrontés à la barbarie absolue. Nous avons récemment vu s’élever, dans de nombreux pays soi-disant démocratiques, des débats sur l’opportunité de pratiquer la torture. Si un historien du droit comparait sur ce point les dispositifs juridiques de l’époque du fascisme et ceux en vigueur aujourd’hui, je crains qu’il ne lui faille conclure en notre défaveur. Il existe encore des lois, promulguées au cours desdites « années de plomb », lois qu’aucun gouvernement de gauche n’a jugé bon de suspendre, qui interdisent d’accueillir quelqu’un dans sa maison sans le signaler à la police dans les vingt-quatre heures. Il me semble que personne ne les applique et que chacun continue d’accueillir des amis chez soi sans pour autant les dénoncer à la police. La plupart des gens ne savent probablement même pas que cette loi est en vigueur : pourtant, elle punit un tel comportement de six mois de prison au minimum !

AC : Une chose me frappe beaucoup dans vos réflexions, c’est la façon dont cet état de choses déforme notre perception du temps. Que ce soient les contrôles biométriques, présentés comme préventifs mais en réalité efficaces après-coup, ou que ce soit une mesure portant sur l’intention de délit sexuel, qui sanctionne au contraire des délits qui n’ont pas encore été commis (ce qui n’est pas sans rappeler la nouvelle de Philip K. Dick, Minority Report, que Steven Spielberg a portée il y a quelque temps à l’écran), tout cela institue unfaux présent. Ces deux dispositifs agissent en premier lieu sur notre mentalité. Et l’un et l’autre – comme vous le disiez à propos de certaines lois promulguées à l’époque des « années de plomb », qui sont toujours en vigueur, bien qu’« en sommeil », dans un contexte qui a complètement changé − visent à conditionner notre futur, à le reconfigurer comme extension indéterminée de notre présent. Voilà qui fonde non seulement un droit, mais aussi une mentalité d’urgence.

GA : Prenez le cas du projet de création d’une banque de données ADN. De tout ce que propose cette fameuse « initiative pour la sécurité », c’est l’une des mesures les plus scandaleuses, qui témoignent de la plus grande irresponsabilité. Les historiens savent que ce sont les photographies sur les cartes d’identité et les cartes professionnelles qui ont permis aux nazis dans les pays qu’ils occupaient (en Hollande et en Belgique en particulier) d’identifier les Juifs et d’organiser leur déportation. Que se passera-t-il le jour où un « dictateur » disposera d’un fichier biométrique et d’une base de données ADN de tous les citoyens ?

AC : Ce genre de paradoxes – suspendre la démocratie pour la défendre – me conduit à penser qu’est entrée en crise la seule valeur héritée de la Révolution française qui semblait pouvoir encore mobiliser une société comme la nôtre, valeur que l’on brandit à la moindre occasion de tous côtés, y compris des plus improbables : la Liberté.

GA : Dans la société postindustrielle avancée, c’est déjà dans une large mesure un état de fait. Les limitations de sa liberté que le citoyen des pays dits démocratiques est maintenant prêt à accepter sont infiniment plus importantes que celles auxquelles il aurait consenti il y a encore vingt ans. Il suffit de penser à la manière dont s’est diffusée l’idée que les espaces publics, les places et les rues − ces lieux institutionnels de la liberté et de la démocratie – doivent être constamment surveillés par des caméras. Un tel environnement n’est pas celui d’une ville, c’est celui d’une prison ! Est-il libre celui qui se promène dans un espace constamment surveillé ? Jamais l’humanité n’a vu ses gestes et ses modes de vie aussi subtilement contrôlés et limités. Et toute une technologie est à l’oeuvre pour que cela arrive sans que nous en ayons conscience. Par exemple, les entreprises qui produisent des dispositifs de contrôle biométrique – qui représentent déjà aujourd’hui, et demain plus encore, de gros intérêts économiques et commerciaux – recommandent à leurs clients d’habituer à ce genre de dispositifs les sujets auxquels ils sont destinés dès leur plus jeune âge. Il faut donc les installer dans les jardins d’enfants, les écoles élémentaires, à l’entrée de la cantine dans les lycées… Une fois qu’il s’y est progressivement habitué, l’individu ne verra aucun mal à ce que chacun de ses gestes soit l’objet d’un contrôle quotidien et constant. L’objectif est de former des citoyens auxquels on a ôté leur liberté et, plus grave encore, qui ne s’en rendent même pas compte.

AC : Il est important de bien voir que tout cela se passe au nom de la démocratie et de la défense de la société. Nous sommes face à ce qui est avant tout une mystification terminologique et linguistique du type de celle qui avait été prophétisée par George Orwell dans1984. La guerre, c’est la paix ; l’esclavage, c’est la liberté. L’histoire linguistique des pratiques de guerre de ces quinze dernières années le montre très clairement, il me semble.

GA : De nombreux termes dont nous continuons à nous servir ont progressivement perdu leur sens. Ainsi les guerres nous sont présentées comme des opérations de police ; de même, la démocratie désigne maintenant simplement une pratique de gouvernement de l’économie et de contrôle sécuritaire. Elle est devenue ce qui au XVIIIe siècle s’appelait la « police » et que l’on distinguait de la politique – « la science de la police » (Polizeiwissenschaft) était alors opposée à la tradition de la pensée politique. Naturellement, une part importante de cette transformation est le fait des médias qui perdent chaque jour un peu plus leur fonction critique et qui doivent aujourd’hui être considérés comme un organe de gouvernement. Le déclin de la culture juridique ainsi que la disparition d’une classe véritablement autonome de juristes ont ensuite permis d’étendre la confusion. Il y a quelques années, Paolo Prodi, le frère du président du Conseil , évoquait un véritable « suicide du droit », une autodestruction, produit d’un délire de toute-puissance, de l’idée qu’il est possible de normer toutes choses juridiquement, y compris celles qui concernaient autrefois l’éthique, la religion, la sexualité, jusqu’aux moindres gestes et comportements quotidiens. Les juristes savent, ou devraient savoir, que si le droit emprunte cette voie, il se condamne à la destruction. Le droit n’a de sens que s’il reconnaît d’autres sphères avec lesquelles il entretient une relation dialectique de limitation réciproque. Si cette dialectique échoue, s’il n’y a plus de limites au pouvoir du droit, il devient techniquement possible d’élaborer des normes comme celles qu’a produites le régime nazi.

AC : Ce n’est pas seulement un problème propre au droit. Cet état de choses évide le politique de ses prérogatives. La politique comprise comme débat d’opinions n’a littéralement plus d’espace.

GA : Aujourd’hui, le pouvoir politique a pris une forme unique de gouvernement des hommes et des choses, à savoir celle d’une économie. Lorsqu’au XVIIIe siècle le terme « économie » entre dans le vocabulaire politique, il signifie simplement « gouvernement ». Rousseau écrivait indifféremment « l’économie publique » ou « le gouvernement ». Nous sommes maintenant tellement habitués à identifier la politique au gouvernement qu’on en oublie que, jusqu’au seuil de l’âge moderne, ce n’était pas le souverain qui réglait le mode de vie des sujets. Ce mode de vie relevait bien plutôt de la compétence de l’Église. Son activité pastorale est d’ailleurs à l’origine de bon nombre des pratiques de gouvernement actuelles. Si la politique est réduite au gouvernement, alors se met en place un processus dans lequel les critères internes de la gouvernementalité tendent à effacer les frontières entre l’éthique, la politique, le droit et l’économie. On pense que tout est matière à gestion, à la limite sous la forme – que les raisons écologiques rendent toujours plus vraisemblables – d’une gestion de la catastrophe.

AC : Ce n’est pas un hasard si tout cela intervient à un moment où toutes les forces de gauche, au Parlement comme dans la société qui l’exprime, semblent n’avoir pour seul souci que le fétiche de la gouvernabilité. Toutes les formes d’opposition se sabordent elles-mêmes en raison du dogme de l’efficacité gouvernementale. Cela n’a pas toujours été le cas. Il suffit de se souvenir des mouvements des années 1970 pour se rendre compte à quel point certains vastes secteurs du politique ne se souciaient ni d’encourager ni d’entraver des processus gouvernementaux déterminés ; ils se situaient justement sur un autreplan(avec tous les problèmes qui résultent d’une telle approche). Aujourd’hui, ceplann’existe plus, ou a été réduit à la portion congrue, ce qui a contribué à éloigner la gauche de toutes formes de conflictualité. Mais cela a surtout eu une conséquence beaucoup plus grave, celle d’interdire toute forme de « politicité » à chaque individu. Il s’agit là d’un évidement de la « démocratie » en termes, dirais-je, en premier lieu, étymologiques.

GA : La tendance irrésistible de la machine gouvernementale est de faire des citoyens de purs objets passifs dans les mains de l’État, et de faire en sorte que ses activités ne connaissent d’autres limites que les siennes propres… Nous devons réfléchir à tout cela, d’autant plus que la tradition démocratique, en particulier à gauche, ne s’est jamais penchée sérieusement sur la question du gouvernement; elle considérait ce dernier comme une superstructure ou comme un pouvoir simplement exécutif, en fin de compte secondaire. Rien n’est plus éloigné de la vérité. Mes recherches sur la généalogie de la gouvernementalité m’ont confronté à un problème décisif : le vrai secret de la politique, ce n’est pas la souveraineté, mais le gouvernement ; pas le roi, mais son ministre ; pas la loi, mais la police et l’exécutif. C’est d’autant plus vrai aujourd’hui que, comme c’est le cas en Italie, l’exécutif fait lui-même les lois, le plus souvent sous la forme de décrets que le Parlement se borne à ratifier.

AC : De cette manière, l’exécutif n’a plus besoin de personne pour qu’on s’exécute ! Mais il semble que les crises de confiance de plus en plus fréquentes à l’égard de la classe politique – de Tangentopoli à la controverse actuelle surLa Casta –, crises qui constituent certainement une menace pour la démocratie, soient toutefois le signe que, d’une certaine manière, peut-être irrationnelle et viscérale, cette dégénérescence (dont vous avez tracé la généalogie) a été partiellement perçue par les citoyens. L’impatience à l’égard des collectivités locales, qui sont notre interface la plus directe avec l’appareil gouvernemental, est par exemple devenue très importante.

GA : Ce phénomène est symptomatique d’une crise bien plus grave, qui concerne les fondements mêmes de la démocratie. Je crois qu’aujourd’hui le pacte de confiance réciproque entre les citoyens et les hommes politiques, les gouvernants et les gouvernés, a laissé la place à une curieuse forme de méfiance réciproque. Le gouvernement traite tous les citoyens comme des terroristes en puissance (d’où l’imposition généralisée de contrôles biométriques), et les citoyens considèrent que la classe politique est foncièrement corrompue. Le consensus actuel repose uniquement sur les médias, comme pouvoir de distraction et de pacification. Mais il s’agit d’un consensus de papier, par conséquent fragile et, de plus, d’une nature essentiellement non politique. De la même façon, les élections sont de moins en moins politiques et elles ressemblent de plus en plus aux sondages d’opinion – lesquels finiront tôt ou tard par les remplacer.

Venise, le 11 novembre 2007.

■ Traduction d’Anna Giacchetti,
avec l’aimable participation de Chiara Bonfiglioli
Read original post in La Revue Internationale des Livres et des Idées, 24/02/2009, url: http:www.revuedeslivres.net/articles.php?idArt=118

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